LES PASSAGES DE VIE

Ces moments où nous ne sommes plus tout à fait ceux que nous étions.
Il existe des moments dans une vie où quelque chose change.
Parfois, nous savons exactement ce qui s'est passé.
Une naissance.
Une séparation.
Un deuil.
Un départ.
Un changement de métier.
Un déménagement.
Une rencontre.
Une maladie.
Un événement qui bouleverse tout.
Et parfois, rien de vraiment visible ne s'est produit.
Pourtant, quelque chose en nous a bougé.
Nous ne nous reconnaissons plus tout à fait. Ce qui nous convenait hier ne nous convient plus aujourd'hui. Nous avons besoin de silence, de sens, d'espace. Nous sommes plus sensibles. Plus fatigués. Plus questionnés. Nous ressentons que quelque chose doit changer, sans savoir encore quoi.
Alors nous cherchons souvent à comprendre.
À trouver la solution.
À nous reprendre.
À redevenir comme avant.
À retrouver rapidement nos repères.
Mais peut-être que certains moments de la vie ne demandent pas que nous revenions en arrière.
Peut-être qu'ils nous demandent simplement de traverser.
Un passage de vie est un entre-deux.
Il y a ce qui n'est plus.
Et il y a ce qui n'est pas encore.
Entre les deux, il existe un territoire étrange.
On peut s'y sentir perdu, fragile, impatient, seul parfois.
Parce que nous avons quitté quelque chose sans encore savoir où nous allons.
Mais cet espace n'est pas forcément vide.
Il peut être un espace de transformation.
Un espace où certaines anciennes identités commencent à tomber.
Celle/celui que nous étions pour faire plaisir.
Celle/celui qui devait être forte.
Celle/celui qui devait tout porter.
Celle/celui qui répondait aux attentes. Celle/celui qui savait toujours quoi faire.
Et peu à peu, une autre question peut apparaître :
Qui suis-je lorsque je n'ai plus besoin d'être celle/celui que j'ai toujours été ?
Je crois que nous traversons tous des passages.
Certains sont grands et visibles.
D'autres sont presque imperceptibles.
Il y a les passages de l'enfance à l'adolescence, de l'adolescence à l'âge adulte.
Le passage vers la maternité ou la paternité.
Les changements professionnels.
Les séparations.
Les deuils.
Le vieillissement.
Les transformations du corps.
Les périodes de perte de sens.
Les réveils intérieurs.
Les moments où nous comprenons que notre vie extérieure ne correspond plus à ce qui est vivant en nous.
Et parfois, le passage commence simplement par une phrase intérieure :
« Je ne peux plus continuer comme ça. »
Cela ne signifie pas nécessairement que quelque chose va mal.
Cela peut simplement signifier que quelque chose est arrivé au bout de son chemin.
Une manière de vivre.
Une relation.
Une croyance.
Une façon de se définir.
Une manière d'habiter son corps.
Une place que nous avions prise dans le monde.
Il y a des choses que nous devons laisser mourir pour pouvoir faire de la place.
Et cela demande du temps.
Je crois aussi que nous avons parfois trop peur de l'entre-deux.
Nous voulons savoir.
Décider.
Comprendre.
Avancer.
Mais il existe des périodes où nous ne pouvons pas encore savoir.
Et ce n'est pas grave.
Nous pouvons simplement être là.
Respirer.
Écouter.
Marcher.
Pleurer.
Dormir.
Écrire.
Parler.
Ne rien faire.
Laisser le corps retrouver son rythme.
Laisser émerger ce qui demande à émerger.
Et si nous arrêtions, parfois, de considérer nos passages comme des problèmes à résoudre ?
Et si nous pouvions les regarder comme des seuils à traverser ?
Sans chercher immédiatement à devenir quelqu'un d'autre.
Sans chercher à être une meilleure version de nous-mêmes.
Mais peut-être simplement en revenant vers nous.
Vers notre corps.
Vers notre histoire.
Vers ce que nous ressentons.
Vers ce qui est encore vivant.
Vers ce qui demande à être entendu.
Nous n'avons pas forcément à traverser seuls, ces moments.
Parfois, lorsque nous sommes au milieu de cet entre-deux, nous avons besoin d'un regard extérieur.
Pas pour nous dire qui devenir.
Pas pour décider à notre place.
Pas pour réparer ce qui serait prétendument « cassé ».
Mais pour être accompagné dans ce qui est en train de se vivre.
C'est aussi là que peut trouver sa place le travail d'une guérisseuse.
Être là, lorsque quelque chose en nous bouge.
Écouter ce que le corps raconte.
Accueillir ce qui demande à être traversé.
Remettre du mouvement là où quelque chose s'est figé.
Aider à retrouver un lien avec soi, avec son énergie, avec ce qui est vivant.
Parfois, une personne extérieure peut simplement nous offrir un espace suffisamment sécurisant pour que nous puissions entendre ce que nous savions déjà, quelque part en nous.
Une guérisseuse ne possède pas le chemin à votre place.
Elle peut simplement marcher un moment à vos côtés.
Et parfois, c'est exactement ce dont nous avons besoin lorsque nous sommes entre deux rives.
Il y a une phrase qui m'accompagne beaucoup :
Avant de chercher à devenir, il existe peut-être un chemin plus ancien : celui de se souvenir.
Se souvenir de ce qui compte.
De ce que nous aimons.
De ce qui nous fait vibrer.
De ce qui nous apaise.
De notre rythme.
De notre vérité.
De cette part de nous qui était là avant toutes les injonctions à devenir quelqu'un.
Alors, si tu traverses aujourd'hui un passage de vie...
Si tu ne sais plus exactement où tu vas.
Si tu as l'impression d'avoir perdu quelque chose sans savoir quoi.
Si tu ne te reconnais plus tout à fait.
Si ton ancienne vie ne te ressemble plus et que la nouvelle n'est pas encore là...
peut-être que tu n'es pas en train de te perdre.
Peut-être es-tu simplement entre deux rives.
Et tu as le droit de prendre le temps de traverser.
Tu n'as pas besoin de tout comprendre aujourd'hui.
Tu n'as pas besoin de savoir qui tu seras demain.
Tu peux simplement être là.
Un pas après l'autre.
Et peut-être qu'un jour, en regardant derrière toi, tu comprendras que ce passage n'était pas seulement quelque chose que tu avais à traverser.
C'était aussi un endroit où tu as commencé à te retrouver.
Amour Joie Lumière
Aurélie M






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